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La hausse des frais de scolarité et les données ouvertes

 

Voir deux cent mille jeunes dans les rues à travers le Québec est une belle preuve de la vitalité de notre démocratie. Ceux et celles qui s’opposent à la hausse affirment qu’elle nuit notamment à l’accessibilité de l’éducation tandis que le gouvernement est d’avis que la hausse est nécessaire pour s’assurer que les universités restent bien financées et compétitives.

D’un côté, le gouvernement indique que la hausse rétablira les frais de scolarité au même niveau qu’en 1968 comme si on avait tenu compte du niveau d’inflation (détails). De l’autre côté, les étudiants et leurs sympathisants indiquent que les frais administratifs, le coût des livres, du loyer et du transport ont augmenté à un niveau encore plus élevé que l’inflation. En réalité, nous croyons qu’il est très difficile de discerner la vérité en raison d’un manque important de données.

Nous ne souhaitons pas prendre position mais plutôt offrir une piste pour éclairer cette confrontation. Puisque les universités sont principalement financées par l’État, nous croyons que celles-ci devraient être obligées de divulguer plus d’informations et ce, dans un format ouvert. Si tous les budgets des universités étaient disponibles et ouverts, les personnes en faveur de la hausse et celles qui s’y opposent pourraient appuyer leurs affirmations à l’aide de faits objectifs. Les étudiants pourraient ainsi participer de façon constructive à l’identification d’économies pour les universités.

Peut-être pourrions-nous rendre la gestion des universités plus efficace et éviter une hausse des frais? En effet, les solutions possibles sont variées : l’adoption d’un logiciel libre pour les infrastructures TI; l’utilisation de livres numériques ouverts produits par les professeurs; le partage des coûts d’accès à des journaux et revues scientifiques. Avec l’exemple des primes de départ des administrateurs de l’université Concordia, il est clair que des dérapages se produisent quant aux coûts de gestion des universités. Une étude vient d’ailleurs de démontrer que les professeurs canadiens sont les mieux payés au monde (http://acarem.hse.ru/). Les professeurs qui se sont joints au mouvement dans les rues, en solidarité avec les étudiants, seraient-ils prêts à voir leurs salaires et bénéfices publiés sur Internet? Et les contrats des fournisseurs aux universités? Et les bourses disponibles aux étudiants?

L’ouverture des données mène à des économies. Selon le United Nations E-Government Survey 2010, lorsque la Californie a publié en format ouvert une base de données de tous les contrats publics, les citoyens ont rapidement identifié plus de 20 millions de dollars d’économies. (lire ici, à la page 12). Ce site Web a coûté seulement 21 000$ et on estime que le coût de son opération s’élève à moins 40 000 dollars par année. Nous devons utiliser les outils d’aujourd’hui pour solutionner ensemble les problèmes de notre collectivité. Si nos universités rendaient disponibles les données concernant toutes leurs dépenses et revenus dans un format ouvert, nous pourrions tous contribuer activement à la gestion efficace des institutions universitaires.

Imaginons les étudiants en économie rédiger leurs travaux de fin de session à partir de vraies données financières des universités, les étudiants en alimentation faire des études sur la qualité de la nourriture des cafétérias sur les campus ou encore les ingénieurs analyser les structures et les plans des nouveaux bâtiments proposés pour leur campus.

Il est malheureusement difficile d’identifier des occasions d’économie sans accès aux données brutes des budgets de nos institutions scolaires. En tant que citoyens québécois, les membres de l’équipe de Québec Ouvert souhaitent promouvoir une discussion honnête et respectueuse basée sur des faits entre le gouvernement, les étudiants et les citoyens, mais pour cela, il nous faut des données ouvertes!

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Dernière mise à jour le: Apr 2, 2012